Entretien
Deux mois et demi après son intronisation à la co-présidence d’Ecolo, Emily Hoyos enfile son costume de patron de l’opposition fédérale. Et martèle tout le mal qu’elle pense de l’austérité imposée par le gouvernement. En attendant un vrai plan de relance.
Que pensez-vous du gouvernement fédéral ?
Nous pensons qu’il y a une urgence à indiquer le plan vers la sortie de crise. Cela fait des années que l’on est plongé dans un climat de crise. Crise institutionnelle d’abord, crise socio-économique maintenant. Il faut prendre des mesures justes et faire des choix politiques clairs et visionnaires. Quand on analyse les élections en France, en Grèce, en Rhénanie-Wesphalie ou même les sondages en Belgique, on voit que l’austérité aveugle et des choix peu clairs font le lit des nationalismes et des extrémismes.
Le gouvernement fédéral ne fait pas des choix clairs ?
Prenez la dégressivité des allocations de chômage dans le temps. C’est typiquement le genre de mesures qui ne sont ni visionnaires, ni justes. On est dans l’austérité aveugle. Il est quand même étonnant de voir des ministres fédéraux s’agiter dans tous les sens pour donner l’impression qu’ils travaillent sur la relance et, en même temps, de constater que les mesures qu’ils prennent, c’est tout le contraire de la relance. C’est peut-être la relance de la pauvreté, mais pas celle de l’économie réelle.
Le gouvernement n’a jamais présenté cette mesure comme une mesure de relance…
Ce n’est pas non plus une mesure de redynamisation du marché de l’emploi comme on nous la vend parfois.
Au gouvernement, certains pensent que si l’on réduit le montant des allocations de chômage dans le temps, les demandeurs d’emploi feront davantage d’efforts pour décrocher un emploi. N’est-ce pas vrai ?
C’est un raisonnement étonnant. Dans un rapport statistique récent de la Commission européenne, on lit que la Belgique est le pays européen comptant le moins de sans emploi passifs. La mesure du gouvernement sera donc inefficace. Certains, singulièrement au nord du pays, ont une vision du chômeur oisif, qui évite de répondre aux sollicitations de son organisme régional de l’emploi. Ce n’est pas la réalité. Même la Commission le dit. Le problème, en Belgique, c’est l’existence d’un chômage endémique dans certaines régions désindustrialisées de Wallonie. C’est l’absence d’insertion professionnelle de personnes qui ne parlent pas une langue nationale à la maison. C’est le problème du chômage des jeunes.
La dégressivité des allocations de chômage, c’est un consensus entre ceux qui veulent supprimer le caractère illimité dans le temps de l’octroi des allocations de chômage et ceux qui souhaitent leur maintien…
On doit faire des compromis sur une série de choses. On en a fait pour l’institutionnel et cela a permis de sortir de la crise. Mais il y a des matières pour lesquelles les compromis ne servent à rien. Les partis traditionnels ont décidé d’équilibrer le budget de l’Etat sur le dos de ceux qui ne peuvent équilibrer leur propre budget. Ce sont les femmes et les jeunes qui seront le plus frappés par la mesure. Ils peuvent perdre jusqu’à 40 % de leur allocation. C’est particulièrement inique. Et peu efficace sur le plan socio-économique. L’Europe est en train de sacrifier ce qu’elle a de plus précieux : sa jeunesse.
Les pays qui s’en sortent le mieux sur le plan économique sont ceux qui ont mis une indemnisation du chômage limitée dans le temps et connaissent une flexibilité du marché du travail plus importante…
On prend la cause pour l’effet. Prenez l’Allemagne. Le taux de chômage des jeunes y est plus bas que chez nous. Mais est-ce parce que la durée de chômage est limitée ou parce que le pays crée de l’emploi, pratique une bonne politique d’insertion socio-professionnelle. Dans la morosité actuelle, je crois que le problème, c’est la création active d’emploi. Le contexte budgétaire est certes difficile. Mais les Régions prouvent que l’on peut faire de la rigueur budgétaire et des politiques de relance.
La Belgique est un pays de coalition. Le PS dit que sans lui, cela aurait été bien pire…
C’est son discours. C’est le discours du "sans nous, ce serait pire". Nous, nous étions candidats pour aller au gouvernement fédéral et prêter main forte à ceux qui voulaient sortir de la crise par le haut.
Qu’est-ce que vous proposez ?
Il y a des choses à faire sur le marché du travail. Il y a des choses à faire pour soutenir les PME. Il y a des choses à faire pour l’insertion socio-professionnelle des jeunes.
Par exemple ?
Nous avons déposé deux propositions de loi visant à soutenir les PME. La première, c’est la réduction des cotisations pour les 3 premiers engagements.
C’est une promesse du gouvernement fédéral.
C’est exact. Je suppose, dès lors, que la majorité va l’inscrire à l’ordre du jour de la commission la semaine prochaine et le voter la semaine suivante. L’autre mesure, ce sont les groupements d’employeurs. Pour les toutes petites entreprises, il est parfois difficile de prendre en charge des besoins très spécifiques. L’idée, c’est de mutualiser ces besoins. On trouvera évidemment plus facilement un graphiste s’il a un mi-temps dans un groupement d’employeurs pour plusieurs TPI (très petites entreprises).
Et pour l’accompagnement des chômeurs ?
Les employeurs nous disent : "Nous, on veut bien marcher dans le développement des filières vertes, mais il y a une pénurie de main-d’œuvre." Les gouvernements régionaux se sont fixé des objectifs de formation très clairs. On est dans le concret. En Wallonie, il y aura 1,5 million d’heures de formation d’ici la fin de la législature pour les demandeurs d’emploi dans le domaine de la construction. A partir de là, on rêve de recontaminer le fédéral. A qui on adresse ce message : "Ne réinventez pas un nouveau bidule. Les Régions ont commencé des choses pour la relance. Soutenez-les, ne les sabotez pas." Dois-je rappeler que le fédéral a supprimé les primes fiscales à la rénovation énergétique des bâtiments ? On a plombé les efforts régionaux.
Cela fait deux mois et demi que vous avez été nommée à la co-présidence d’Ecolo, avec Olivier Deleuze. Tout se passe bien ?
Oui. Je m’amuse bien.
Le dernier sondage La Libre/RTBF n’a pas assombri votre bonne humeur ?
Non. On perd un point en Wallonie, mais on en gagne un à Bruxelles
En Wallonie, le CDH vous dépasse…
Cela fait quelques années que, de sondage en sondage, le CDH et nous jouons à qui repasse devant l’autre, et toujours dans les marges d’erreur. Cela ne dit rien de ce qui va se passer. Nous avons moins le regard porté sur le prochain sondage de "La Libre" que sur notre prochain rendez-vous, les communales. Ce n’est pas forcément le rendez-vous électoral le plus facile pour nous. Mais il y a un enjeu local très important. Depuis 12 ans, nous avons des échevins et des bourgmestres qui ont crédibilisé le message Ecolo au niveau local. Nous voulons consolider cet ancrage-là. Et puis, le parti n’a jamais été aussi en forme. Le processus d’élection interne aurait pu nous diviser. Cela a été l’inverse.
Presque l’inverse. Bernard Wesphael est parti…
C’est un destin individuel. Des gens font un moment des choix. Bernard Wesphael a pris sa décision tout seul. Pour des raisons qui lui appartiennent et qui apparaissent parfois un peu troubles. Mais s’il veut un jour revenir J’ai toujours dit que sa place était chez nous. Pour le reste, on a rencontré des centaines et des centaines de militants qui sont dopés.
Vincent Rocour
Mis en ligne le 21/05/2012